• Cela s'est passé en Provence le 11 Juin 1909

     Ci-après un superbe article sur cet évènement transmis par Jackie, fidèle lectrice du blog.


    11 juin 1909 - en France, la Provence est frappée par un séisme d’une magnitude de 6,2 sur l’échelle de Richter


    Il y a cent dix ans, le 11 juin 1909 vers 21h15, eut lieu le dernier tremblement de terre très meurtrier en France métropolitaine. Ce séisme se produisit au Nord des Bouches-du-Rhône, à 20 km au nord-est d'Aix en Provence.


    Carte des objets et événements tectoniques quaternaires de Provence : Sont représentées sur fond d'image satellite : (1) les zones en soulèvement (teintes plus foncées), (2) les failles et axes de plis, (3) la localisation des épicentres historiques, dont celui de Lambesc en 1909, (4) les mécanismes au foyer (FN = faille normale et FI = faille inverse).

    Il fit 46 morts et au moins 250 blessés. Plusieurs milliers de logements ont été détruits ou endommagés gravement (dont 1500 à Aix-en Provence). Le village de Lambesc fut entièrement détruit.

     

    Église de Lambesc après le séisme

    Rappelons que la dernière victime pour cause de séisme en France métropolitaine est morte en 1967, lors du séisme dit d'Arette (Pyrénées Atlantiques) où une vieille dame mourut.



     

    Couverture du Petit Journal relatant le séisme de Lambesc du 11 juin 1909


    Le samedi 12 juin 1909, tous les journaux du matin, à Paris, annoncèrent que la Provence avait tremblé, que Marseille et Aix étaient terrifiés ; des fuyards, apportant des campagnes environnantes les plus sinistres nouvelles. On disait qu’il y avait des gens tués, peut-être une douzaine. Mais, dans les histoires de tremblements de terre, les événements ne sont pas exagérés comme dans la plupart des autres récits. Le désastre est ordinairement plus grand qu’on ne l’avait cru d’abord. On sut bientôt que le nombre de mort dépassait la quarantaine, qu’il y avait beaucoup de blessés et des pertes matérielles considérables.

    Dans son édition du 13 juin, Le Petit Parisien explique que le Midi de la France, déjà atteint par tant de désastres, vient d’être frappé par une nouvelle catastrophe. Les troubles sismiques qui, l’an dernier, rappelle-t-il, ont accumulé dans la Sicile et en Calabre tant de ruines et amoncelé tant de cadavres sur les bords du détroit, se sont reproduits cette fois le long de notre littoral méditerranéen et leurs effets destructeurs se sont fait sentir assez avant dans les terres.

    Si de grandes villes comme Nîmes, Cette (Cette ou Port Saint-Louis et aujourd'hui Sète), Toulon, Marseille et Montpellier, bien que fortement secouées, ont opposé au cataclysme la solidité de leurs édifices, le bloc compact de leurs maisons, les agglomérations rurales du nord-ouest de l’arrondissement d’Aix ont offert une moindre résistance. Sous le frisson terrestre, qui n’a cependant duré que quelques secondes, de nombreuses maisons, trop légèrement construites, se sont effondrées, ensevelissant leurs habitants sous les décombres.

    Le journal publie ensuite les télégrammes de ses correspondants particuliers :
    Autour d’Aix
    "Aix-en-Provence, 12 juin. Après la panique qui s’était produite hier soir en ville, à la suite des secousses terrestres que je vous ai signalées, la population constatant que les dégâts étaient, à Aix, relativement peu importants, se ressaisit et attendit le jour avec assez de calme. Mais ce fut, ce matin, une consternation générale quand on apprit que dans la région de nombreuses localités avaient été éprouvées et que l’on avait une véritable catastrophe à enregistrer et des morts nombreuses à déplorer.
    En effet, toute la partie de l’arrondissement qui s’étend vers la Durance a été cruellement frappée par le cataclysme ; la secousse, qui suivait une direction nord-est-sud-ouest, a eu des effets terribles sur la ligne qui va d’Aix à Pujerolles, et elle a surtout atteint le bourg de Saint-Cannat, près d’Aix, qui compte 1 200 habitants, le chef-lieu de canton, Lambesc, qui abrite 2 400 personnes, et Rognes, commune de 1 600 âmes.
    Dans ces localités le désastre est complet : Saint-Cannat est détruit, Rognes l’est aux trois quarts ; les maisons de Lambesc qui restent debout sont lézardées du haut en bas ; les petits villages, disséminés dans la plaine, sont dans la désolation et l’on compte une soixantaine de morts, plus de deux cent cinquante blessés ; ce chiffre énorme déjà s’accroîtra sans doute, étant donné le nombre des ensevelis qui n’ont pas encore été retirés des décombres."


    À Saint-Cannat
    "Je viens de visiter les bourgs que je citais plus haut : à Saint-Cannat, par où j’ai commencé mon voyage, le spectacle est désolant, ce n’est plus qu’un amas de naines. Un propriétaire, M. Chieusse, m’explique qu’il a eu juste le temps de fuir avec sa famille. À peine dans la rue il assistait à l’effondrement de sa maison. Avec une quinzaine de voisins il s’est enfui dans la campagne où, auprès d’un grand feu, ils ont passé la nuit dans un campement sommaire.
    Au jour, quand l’effroi fut passé, les habitants qui avaient réussi échapper au désastre se mirent, sous la direction du maire, M. Martin, aux travaux de sauvetage. Rien ne restait debout, sauf deux ou trois maisons, sillonnées de lézardes profondes. Toute une rue, la rue Richard, et le quartier de l’Église s’étaient écroulés ; de toutes parts c’étaient de véritables montagnes de décombres.
    Si la secousse s’était produite à dix heures, alors que tous les habitants auraient été couchés, il y aurait eu des centaines de victimes. Heureusement, dès la première alerte, le maire avait donné l’ordre d’évacuer les maisons."




    À Rognes
    "À Rognes, les ravages sont tels qu’on se demande comment le nombre des morts n’est pas plus considérable ; le clocher a été renversé, les trois quarts des maisons se sont écroulées, et d’énormes quartiers de roches obstruent les rues ; les soldats arrivés d’Aix ont peine à se reconnaître dans ce chaos ; on les voit à chaque instant transporter des morts et des blessés sur des civières, sur des chaises, comme ils peuvent. Ils ont déjà retiré huit cadavres, mais il y a certainement des victimes ensevelies encore ; j’ai entendu tout à l’heure les cris désespérés d’une jeune fille prise sons les décombres, et vers laquelle les sauveteurs se sont aussitôt précipités. On croit qu’il y a au moins une douzaine de cadavres encore.
    La population campe sous des tentes qui ont été apportées d’Aix par les troupes. On voit partout des blessés que soignent les médecins militaires et ceux du pays. Trois mille kilos de pain sont arrivés du chef-lieu pour nourrir les sinistrés."


    À Marseille
    Marseille, 12 juin. Une première enquête, faite ce matin de bonne heure, a permis de constater que le tremblement de terre n’a occasionné aucun dégât sérieux en ville, ni provoqué aucun accident ; seules, quelques cloisons ont été lézardées dans les vieux quartiers de Marseille.
    Jusqu’à l’aube, de nombreuses familles ont passé la nuit sur les places publiques, et notamment sur les quais du Port-Vieux, où des tentes de fortune ont été improvisées à l’aide de draps de lits, de bâches ou de prélarts. Nombreuses sont aussi les personnes qui, à moitié vêtues, ont passé la nuit dans des bateaux de pêche ou de plaisance.
    M. Bourget, directeur de l’Observatoire de Marseille, déclare que le passage de l’onde sismique a été constaté entre 9h15 et 9h40, heure à laquelle toutes les horloges de la ville se sont arrêtées. Il y a eu quatre secousses. La première a été ressentie exactement à 9h15 ; elle a duré deux secondes. Après une pause d’une seconde, une deuxième secousse de quatre secondes a été ressentie, et enfin deux secousses très légères se sont manifestées à 9h40.
    Dès que la nouvelle de la catastrophe à Saint-Cannat, Lambesc et Rognes est parvenue à la préfecture, M. Mastier, préfet des Bouches-du-Rhône, accompagné de son chef de cabinet, s’est rendu sur les lieux du sinistre pour présider à l’organisation des secours : on a envoyé des troupes, des tentes et du pain.


    À Avignon
    Avignon. 12 juin. En raison de la gravité des conséquences du tremblement de terre dans la région du sud-est et particulièrement à Lambesc, Rognes et Saint-Cannat, le colonel du génie, à Avignon, a reçu l’ordre d’envoyer par train spécial deux compagnies avec agrès de campagne pour porter secours aux habitants des localités plus particulièrement éprouvées.

    À Montfavet le clocher de l’église, qui est classé comme monument historique, s’est fortement incliné. L’émotion est vive parmi la colonie italienne d’Avignon, qui évoque à cette occasion le désastre de Messine.


    Un peu partout
    De presque toutes les villes du Midi, rapporte le quotidien, nous avons reçu des télégrammes nous signalant l’émoi que la secousse sismique, même légère, a causé dans la population.
    À Montpellier, les habitants ont quitté en hâte leurs demeures et se sont répandus sur les promenades et les places publiques, où la plupart d’entre eux ont passé la nuit en proie aux plus vives appréhensions. À Cette, les oscillations ont été particulièrement fortes quai de Bose, Grande-Rue, et cité Doumet. Dans ces quartiers, les meubles ont été violemment secoués. Une femme assise sur une chaise a été projetée à terre. À Béziers, les oscillations ont été assez fortes pour déplacer certains meubles, mais n’ont causé aucun accident.
    À Nîmes, la secousse a été forte dans les étages élevés, où meubles et objets divers ont été renversés ou déplacés. Dans plusieurs cafés, les consommateurs ont ressenti une forte commotion, tandis que verres et. bouteilles roulaient à terre et se brisaient. À Toulouse, certaines personnes ont éprouvé dans leur logis une sensation de tangage et de chute d’autres, qui se trouvaient sur les balcons de leur demeure, ont cru que ceux-ci oscillaient. À Perpignan l’amplitude des oscillations a été de 30 à 50 centimètres. Les dégâts se bornent à quelques verres brisés.

    Les sauveteurs virent bientôt arriver trois compagnies du 55e de ligne, venues d’Aix, qui leur prêtèrent main-forte ; à midi on avait retiré des ruines dix cadavres, parmi lesquels celui du correspondant du Petit Marseillais, qui avait été surpris pendant son sommeil et avait été tué pendant qu’il s’enfuyait.
    Les blessés sont au nombre d’une vingtaine ; une douzaine de personnes sont, croit-on, encore ensevelies ; une femme âgée de quatre-vingt-cinq ans est restée sous les décombres de neuf heures du soir à quatre heures du matin ; on a pu la retirer vivante.

    Les dégâts
    Le séisme de Lambesc de 1909 est le plus important séisme survenu en France depuis longtemps. Son intensité maximale est estimée à IX sur l'échelle MSK (10 sur l'échelle de Mercalli utilisée à l'époque), ce qui correspond à des dommages généralisés aux constructions. Il fit 46 morts et des centaines de blessés. Sa magnitude est estimée à 6,2 sur l'échelle de Richter.
    En comparaison, le séisme de L'Aquila d'avril 2009 en Italie centrale qui fit 246 morts avait une magnitude de 6,3.

    Un rapport, du commandant Spiess, membre de la Société Géologique de France, décrit précisément les dégâts de ce tremblement de terre de Provence du 11 juin 1909.
    On peut notamment y lire "Les communes les plus éprouvées : Lambesc, Saint-Cannat, Rognes, Puy-Sainte-Réparade, Venelles, Aix (partie Nord), la Barben-Pélissanne sont situées dans la dépression comprise entre le massif des Côtes et les collines de la Fare, ainsi que dans la chaîne de la Trévaresse qui, après le Miocène, est venue barrer la partie orientale de cette dépression. La ville de Salon, où les dommages ont été également très sérieux, se trouve à l'issue Ouest de cette région déprimée".

    La région des Bouches-du-Rhône, comme tout le Sud de la France, est une région de tectonique récente (et active) et de sismicité modérée, mais non nulle.
    Les sismologues de l'époque n'ont pas décrit de mouvements traduisant le jeu superficiel d'une faille. Aucun nouveau petit escarpement ou miroir visible n'ont été identifiés.
    La faille inverse de la Trévaresse, et le léger anticlinal associé juste au Nord, n'est pas la seule zone tectoniquement active de la région. Des études tectoniques montrent que d'autres failles et/ou bombements anticlinaux actifs ont joué au Quaternaire, en particulier l'anticlinal et la faille chevauchante des Costes, l'Est des Alpilles… Ces mouvements ont tendance à entraîner une surrection de la rive Sud de la Durance.
    Jusqu'à il y a quelques dizaines de milliers d'années, la Durance ne se jetait pas dans le Rhône au niveau d'Avignon comme maintenant, mais dans la mer Méditerranée au niveau de la plaine "caillouteuse" de la Crau, qui correspond à l'ancien delta de la Durance. On y retrouve en effet des galets faits de roches caractéristiques du bassin versant de la Durance, dont les fameuses "variolites" du Chenaillet. Des mouvements de surrection au Sud et/ou d'affaissement au Nord ont entraîné une « déviation » de la Durance vers le Nord-Ouest. Il est très vraisemblable que les mouvements de surrection de la rive Sud de la Durance (auxquels participent les jeux de la faille de la Trévaresse) ont un rôle majeur dans cette modification de l'hydrographie régionale.


    https://youtu.be/Y84dZIxAw6A (séisme du 11 juin 1909 en Provence)

    Merci Jackie pour ce moment d'histoire. A bientôt !!

     

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 13 Juin à 20:41

    Merci ! heureuse d'avoir partagé avec vous ce dramatique épisode que j'ai découvert et qui m'a émue d'autant que tous ces lieux sont ceux de mes vacances familiales d'enfance ! on ne doit jamais méconnaître de tels évènements pour comprendre notre histoire et ... notre avenir ! amitiés bourguignonnes (mais aussi normandes et ... provençales !)cool

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